Glace dans les Hautes-Alpes

Cascade de glace Ile de France

Le Groupe Espoir Alpinisme Ile-de-France a suivi un stage de cascade de glace du 18 au 20 février dans le secteur de l'Argentière-la-Bessée.

Voici le journal de bord de ces journées :

Samedi 18 février, 9h, Le Crevoux :
" - Vous connaissez la blague du chat? C'est un chat qui rentre dans une pharmacie:
- Bonjour Madame la pharmacienne, vous auriez pas du sirop pour ma toux?"
- ...

Cette petite anecdote vous permettra peut-être de cerner un peu le personnage qui nous a accueillis en ce samedi matin pour aller taper des glaçons dans la sauvage vallée du Crevoux, sur les hauteurs d'Embrun, dans les Hautes-Alpes. Si j'ajoute un débit de paroles élevé et une importante propension à nous hurler dessus qu'on ne sait rien faire, vous avez un premier tableau de ce personnage haut en couleur qu'est Simon, notre guide pour ces 2 ans au groupe espoir. On a l'impression d'être bien tombés!

On commence ce premier stage cascade de glace par une visite aux sauvages cascades du Crévoux. C'est l'occasion de se remettre dans le bain, de travailler la technique, les manips et de se faire tout simplement plaisir dans cette glace bien moins tendre qu'elle ne l'était à l'ICE.
Après une matinée en moulinette ou en tête dans des couennes, on avale un sandwich saucisson - comté et on se prépare à partir dans une grande voie de deux longueurs. Mais Solène, la mort dans l'âme, nous annonce que sa main est gonflée, douloureuse, et qu'elle ne peut plus l'ouvrir complètement... Pas de choc, pas de chute de glace sur la main, le mystère demeure mais une chose est sûre: fin du week-end pour elle... Le médecin finira d'enfoncer le clou le lendemain en annonçant trois semaines d'arrêt. Mais au moins, rien de cassé!

Alain part donc avec Simon dans une ligne qui paraît raide aux apprentis glaciairistes que nous sommes mais Alain garde son calme et les marches naturelles taillées dans la glace soulagent ses avant-bras et le mène avec succès au relais sur abalakoff qui l'attendait. Simon prend ensuite la tête à grand renforts de blagues pour une deuxième section raide sur glace fine et délicate.

Plus à droite, c'est Maximilien, fraîchement arrivé dans le groupe, qui ne fait qu'une bouchée de la première longueur pour faire monter Juliette et Hugo à son relais. Hugo repart en tête dans une section un peu raide et non marquée qui l'oblige à taper franchement dans la glace et décrocher de ce fait pas mal de glaçons sur ses malheureux compagnons. Pour le relais décalé, on repassera... Après un bloc plus gros que les autres qui atterrit sur le dos de Juliette et une petite frayeur sur un réta plein de neige, Simon lance une corde à notre malheureux leader pour finir la longueur entre jardinage et glace fine.

Pour finir la journée, Alain peut s'envoyer en moulinette dans le pilier « free standing » après quelques pas de dry. Pour les autres, ce sera pour la prochaine fois!
Explosés mais heureux, nous descendons à la frontale à la voiture.

Les heureux possesseurs de skis de randonnée ne regrettent pas d'avoir monté les grosses dans le sac en découvrant la piste de ski de fond qui les ramène à la voiture en 10 minutes quand les simples piétons profitent des joies de la randonnées pédestre de nuit (voire de la course à pied pour Maximilien) pendant près d'une heure.

L'objectif du soir: couchés avant 22h30 pour se réveiller sans trop de difficultés à 6h30. Mais il reste un obstacle supplémentaire à Max avant d'accéder à son lit: monter son deuxième crampon en mono-pointe puisque qu'après avoir passé la journée avec ses magnifiques nouveaux crampons montés à droite en mono-pointe et à gauche en bi-pointe, il a enfin pu décider qu'il préférait les mono-pointes. Certains esprits malsains diront qu'en réalité, la raison de cette différence pied droit/pied gauche n'était dû qu'à la complexité de montage des dits crampons (ou à la faiblesse d'esprit du dit monteur) qui lui aurait demandé de se coucher bien plus tard que raisonnable. Ne lui dites surtout pas qu'en plus ces crampons ne sont ni pliables ni réglables, il pourrait se vexer.

Dimanche 19 février, 8h30, parking de Freissinières.

Il fait bien plus froid ce matin et nous nous mettons en marche avec comme objectif les Larmes de Nicomède, une cascade de 350 m en 3/3+ avec des passages en pente de neige. L'idée: ne pas se mettre au taquet mais être efficace dans les relais et les manips pour gagner en autonomie et pouvoir aller faire du dur entre nous plus tard.

Après 1h30 d'approche, nous arrivons au pied de la cascade. Le coin est très joli et la vue sur Impatience, cascade en 4/ 5 juste à côté fait rêver. Simon tranche la discussion sur les compositions de cordées: Alain et Maximilien en réversible d'un côté et Hugo fera leader pour Juliette et Simon.
Simon nous rappelle comment faire un relai en glace rapide, efficace et sécu. Ca fait du bien à tout le monde puisque le mousqueton primaire sera oublié la première fois par à peu près tout le monde...
Les premières longueurs entre neige et glace facile se déroulent sans encombre, en tirant de longues longueurs. Arrivés au pied du ressaut, le jeu change un petit peu puisque nous nous retrouvons face à une glace transparente et très fine. Hugo entend l'eau couler derrière et marche donc sur des ½ufs mais la présence et les encouragements (insultes?) de Simon rassurent et il passe calmement ce passage un peu plus délicat jusqu'à un relai sur stalactites.

Maximilien se heurte quant à lui à des pétales cassants peu rassurants dont il se sort finalement après quelques cris de détresse.

La voie se conclut par de très délicats et non moins éthiques crochetages sur arbres pour rejoindre la crête et le grand moment de cette journée, j'ai nommé "la crise du rappel".

Il faut savoir que quand Simon arrive en haut d'une voie, il a très envie d'en redescendre vite mais il a aussi très envie de nous apprendre beaucoup de choses, dont sa méthode pour le rappel, "LA PLUS EFFICACE QUI SOIT". Les intéressés lui demanderont pourquoi c'est la plus efficace, nous on ose plus depuis que la sangle de 60 cm que Maximilien sortait maladroitement de son rack a fini 70 mètres plus bas après que Simon ait décrété que les sangles de 60 cm ça ne servait vraiment à rien... On a donc bien pris 20 minutes à tous se mettre en place pour ce rappel et s'y j'ajoute à ça le démêlage de n½uds pendant 10 minutes et le non moins long abalakoff d'Hugo qui avait lu que ça tenait mieux si on mettait les deux trous l'un au-dessus de l'autre, sans se rendre compte de la complexité d'attraper le brin de corde qui était associée à cette méthode, vous vous rendez compte que ce n'est pas le rappel le plus efficace de tous les temps. Mais cette fois, on est arrivés sans les frontales à la voiture et ça c'est pas mal. Nous sommes tous ravis de cette journée plus tranquille dans laquelle on a l'impression d'avoir appris des tonnes de choses !

Rendez-vous est pris pour 7h (aïe) le lendemain, histoire d'avoir le temps de grimper avant de rentrer dans nos pénates.

Nous arrivons miraculeusement à l'heure en ce lundi matin pour partir vers Cervières, accompagnés de Solène qui, malgré sa main endolorie, va pouvoir profiter de ce cadre magnifique. Simon nous met les moulinettes en 2 temps 3 mouvements (et autant de broches) dans 2 lignes de chauffe et dans El'Tube, LE cigare de Cervières, côté 6 mais qui est plutôt du 3sup sur 30 mètres vu comme il est travaillé.

Mais pour corser un peu tout ça, on passe par le dry de droite (M5+ d'après le topo), une belle découverte, c'est quand même très amusant de mettre son piolet dans une petit inverse en ayant un magnifique bac dans la main, surtout quand on vient retaper la glace après. Un bon kiff.
On avale vite fait le déjeuner avant de taper les dernières lignes de la journée: une ligne de mixte qui laissera un beau sourire aux lèvres d'Alain et Hugo et un pilier de glace très étroit qui aura le même effet sur les visages de Max et Juliette.

Malgré le petit détour "découverte" de Simon à la descente, nous n'arrivons pas trop tard à la voiture qui ramène nos corps endoloris mais nos esprits ravis à Paris, en 8 petites heures!
En somme, un week-end génial où on a beaucoup appris et bien profité, on a hâte d'être au prochain!
Hugo dans "le tube", attention on se fait léger !