le 25/03/2008Chomolungma, 2008 année noire
Edito de Bernard Mudry, publié dans Montagnes Infos n°36, mars 2008
"Non contentes, au mépris de l’esprit olympique, d’avoir accordé les Jeux 2008 à la Chine –pays peu scrupuleux en matière de démocratie et de protection de l’environnement–, voici que maintenant les autorités du CIO permettent aux organisateurs tout et n’importe quoi. Lors du parcours de la flamme olympique, on va finir de démythifier le plus haut sommet du monde en le transformant en vulgaire objet de promotion politique. Il est en effet prévu de faire passer la flamme sur le « toit » du monde, ceci au prix d’une mainmise complète sur l’itinéraire tibétain. Réduire le versant tibétain de la montagne à un cirque dévolu à l’argent s’inscrit dans un lent processus de banalisation de ce sommet. Depuis plusieurs années, de nombreuses agences commerciales dirigées par des guides –notamment américains et néo-zélandais– payent au gouvernement chinois des royalties afin de s’installer pour toute la saison au camp de base. Depuis ce dernier, pourvu de tout le confort, légumes frais et autres fantaisies (demandées par des clients fortunés) sont commandés via Internet et livrés pratiquement chaque jour par hélico. Pour le confort d’ascension des clients, ces agences emploient des dizaines de sherpas équipant la totalité de l’arête de plusieurs kilomètres de cordes fixes.
Pour hisser la flamme olympique, les Chinois vont bénéficier de cette logistique et devront régler d’autres problèmes : aucune combustion naturelle n’étant possible à cette altitude, il leur faut en effet créer une torche spéciale sous cloche utilisant différents mélanges gazeux avec apport interne d’oxygène.
On peut légitimement s’interroger sur l’impact d’une telle opération, menée dans l’indifférence de la communauté internationale vis-à-vis du peuple tibétain et de sa culture. Que la montagne soit ainsi artificialisée, banalisée, outragée, me choque profondément. Mais que des montagnards –de surcroît guides–, se prêtent à ce jeu, m’interpelle. Par notre silence, nous, membres de la communauté montagnarde, contribuons à l’ouverture d’une ère du clinquant pour nos activités –une ère où l’artifice et l’argent, bien loin des fondamentaux de l’alpinisme, prédomineront.
Est-ce l’avenir que nous voulons nous réserver ?"
Bernard Mudry,
Président de la Fédération française des clubs alpins et de montagne