Les domaines skiables

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Ce que dit la Charte Montagne de la FFCAM

« Interdiction de nouvelles liaisons inter-stations et de toute création en site vierge. Modernisation des équipements existants, suppression obligatoire des équipements abandonnés et réhabilitation des sites endommagés. Soumission à une étude d'impact de tout projet d'enneigement artificiel. »

Si dans les années 60, avec le Plan neige, le développement du ski a permis d'enrayer l'exode rural en apportant grâce au tourisme une certaine richesse aux villages situés en fond de vallée, l'extension sans fin des stations met en péril ces mêmes communes.

Toujours plus haut, toujours plus grand, toujours plus de distractions et d'animations, y compris en pleine montagne... Les aménageurs sont en train de transformer les vallées en de véritables parcs de loisirs.

Les changements climatiques

La station météorologique (Météo France) installée en Chartreuse, au col de la Porte situé à 1325 m d'altitude montre l'évolution du manteau neigeux entre 1960 et 2013 sur les mois allant de décembre à avril. Les résultats suivants sont à mettre en relation avec les changements climatiques :

  • La durée d'enneigement diminue de 6 jours (pour un enneigement < à 100 cm) à 15 jours (pour un enneigement > à 100 cm)  par décennie ;
  • La température moyenne augmente de 0,27° par décennie ;
  • L'enneigement moyen baisse de 12 cm par décennie.

Source : Ministère de l'écologie et du développement durable

L'adaptation ou plutôt la mal-adaptation des stations de ski aux changements climatiques

Pour pallier le manque de neige à moyenne altitude les communes se sont lancées dans de lourds aménagements et cherchent à installer remontées mécaniques et pistes de ski de plus en plus haut !

Retrouvez plus d'infos ici.

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Canons à neige et retenues collinaires :

La neige artificielle issue de la pulvérisation de l'eau en fines gouttelettes qui jaillissent des canons dans un état instable, en surfusion, donne une neige compacte prête à se transformer en glace dès que la température augmente. Pour produire une neige de bonne qualité il est possible de lui adjoindre des adjuvants comme le SNOMAXTM provenant de souches bactériennes tuées.

Pour alimenter en eau les turbines il est nécessaire de faire des retenues collinaires alimentées par des captages dans les lacs naturels, les torrents et parfois les lacs de barrages, l'alimentation en pluie étant insuffisante. Ces prélèvements, effectués avant la saison d'hiver alors que la ressource en eau est faible, diminuent le niveau d'eau dans les milieux naturels, ce qui est néfaste pour la vie aquacole. Ces captages, qui ne sont pas toujours situés sur le même versant que les pistes de ski, provoquent un assèchement des pentes concernées.

Quant aux retenues collinaires, elles sont souvent installées dans des dépressions et prennent la place de zones humides régulatrices d'une eau nécessaire à la vie d'un versant, surtout en période de sécheresse !

La neige artificielle est maintenant pulvérisée même lorsqu'il neige. Cette technique permet de compacter la neige et d'augmenter la durée d'enneigement des pistes raccourcissant d'autant la période de végétation déjà bien courte en montagne !

Toujours plus haut, toujours plus grand !

Pour satisfaire le client et gonfler l'offre commerciale, les stations investissent quand elles le peuvent dans l'installation de remontées mécaniques en altitude, le but étant d'offrir un domaine skiable qui s'élève au-dessus de 3000 m, altitude où l'enneigement est mieux garanti.

Mais ces domaines de haute altitude nécessitent des aménagements lourds, dans des terrains peu propices au ski, et sont destructeurs du paysage et des derniers habitats d'espèces sauvages.

Le meilleur exemple en est le projet d'extension de la station de Mongenèvre qui  a pour but d'offrir 100 km de pistes et deux arrivées de remontées mécaniques à plus de 3000 m dont une sur le sommet du Chaberton. Malgré la forte opposition de nombreuses associations de protection de l'environnement à laquelle s'est associée la FFCAM, ce projet a été autorisé. La FFCAM a perdu la procédure contentieuse engagée contre l'autorisation, au nom des principes de la loi Montagne (jugement en appel du 9 février 2015). La réalisation n'est toutefois pas programmée à ce jour pour des raisons économiques. La sécurisation de ce domaine largement exposé aux risques naturels (avalanches, chutes de pierre, glissements de terrains et crues !) est très coûteuse.

Une autre technique pour attirer une clientèle de plus en plus exigeante consiste à relier les stations entre elles afin d'offrir sur les dépliants commerciaux le domaine skiable le plus grand possible, même si les pistes de liaison, installées sur des pentes raides et parfois mal enneigées, ne sont pas toujours accessibles. Un exemple, le projet de liaison St Gervais-Les Contamines : ce télésiège le long des crêtes du Mont Joly, qui relierait les deux domaines skiables, est davantage un coup de pub qu'une offre sérieuse de ski. En effet, la raide descente sur les Contamines offre un enneigement aléatoire due aux vents violents, et est exposée aux avalanches. En revanche, l'atteinte au paysage est majeure, sur ces crêtes qui constituent un point de vue admirable sur le sud du massif du Mont Blanc.

Sous la pression des associations locales, le préfet a dû constater que cet aménagement était subordonné à une autorisation UTN (unité touristique nouvelle).  Le projet est stoppé pour le moment. La nouvelle municipalité élue en 2014 aux Contamines s'y est déclarée hostile et étudie d'autres options.

Dans une autre affaire, l'extension de la station de la Rosière (Tarentaise) sur les pentes du Mont Valesan, la FFCAM avec deux autres associations locales a obtenu l'annulation au tribunal de l'autorisation UTN. C'est seulement ensuite qu'un dialogue a pu s'engager avec la municipalité, conduisant à un projet beaucoup plus modeste, d'un impact nettement moindre, préservant les crêtes et l'autre versant.

L'immobilier et les aménagements de loisir

Augmenter la taille des domaines skiables entraîne inéluctablement une augmentation du nombre de lits pour rentabiliser les remontées. Soutenu par de nombreuses aides de l'Etat (crédit d'impôts sous certaines conditions), les promoteurs construisent à tour de bras des logements de plus en plus luxueux et hors de prix.

Sachant que la durée moyenne d'activité d'un skieur est de 2 h par jour et qu'au minimum 10% de la clientèle ne skie pas, il est devenu impératif d'offrir de nouveaux loisirs. La dernière mode consiste à installer en station des spa, des piscines tropicales et autres activités aquatiques. Les dessins de neige colorée, les pistes de luge d'été, les pistes de descente en VTT, l'éclairage des pistes la nuit, toutes ces animations concourent à artificialiser la montagne. Il est également question d'animer les pistes de ski par des attractions variées et des sonorisations imitant la faune sauvage !

Les conséquences de cette fuite en avant

La gestion de l'eau

Bien que les élus disent ne pas utiliser d'adjuvants lors de la fabrication de neige artificielle, il est difficile de savoir ce qui se passe dans une station de production. D'autre part, qu'en est-il de la qualité microbiologique de l'eau issue des retenues collinaires ? Autre question à laquelle il est difficile de répondre...

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Avec une demande en eau accrue, de gros problèmes apparaissent au niveau de la gestion de cette ressource. En hiver l'eau est rare car elle est séquestrée sous forme de neige et de glace, par contre la demande est de plus en plus forte. Certaines stations ne parviennent plus à alimenter leur parc immobilier et sont contraintes de procéder à des coupures d'eau.

Il existe également un plus grand risque de débordement des torrents lors des fortes pluies et des orages en été. Les pistes de ski, dont le sol est compacté par les engins, n'absorbent plus la pluie. Elles sont largement responsables de l'augmentation des crues torrentielles en été.

Les impacts environnementaux de ces nouvelles pratiques sont mal connus car les études sont rares et quand elles existent elles sont souvent confidentielles. Une chose est sûre, bétonner, tracer des routes, creuser des retenues collinaires... libère des gaz à effet de serre et participe au réchauffement climatique. En effet, en plus de la quantité de gasoil utilisée pour les travaux, le sol relâche le CO2 et le méthane issus de la décomposition des végétaux, ces gaz qui furent séquestrés dans le sol durant des centaines d'années !

Un bilan économique sur le long terme mitigé

Bien que les plus grosses stations parviennent à équilibrer leurs comptes grâce à l'afflux de clientèle et la pratique de tarifs élevés, il n'en va pas de même des petites stations qui sortent perdantes de cette course aux aménagements faute de moyens financiers. Cette situation est aggravée par le fait qu'elles sont généralement situées à des altitudes moyennes.

Les installations nouvelles comme les spa et autres bases de loisirs aquatiques ne sont pas toujours rentables et grèvent les budgets des communes déjà surendettées.

Cette course effrénée est aggravée par l'arrivée d'une nouvelle concurrence, celle des pays de l'est : stations de ski dans le Caucase, station low cost en Bulgarie... Même la Chine développe, malgré le peu d'enneigement de ses contrées, des stations parfaitement artificielles !

En conclusion

S'il est vrai que seules les grandes stations situées en altitude sont les seules à tirer leur épingle du jeu - mais pour combien de décennies ? - il est souhaitable qu'elles limitent les aménagements et se réfèrent aux stations des pays voisins qui comme en Autriche maîtrisent leur parc immobilier. Face aux crises économiques et à la crise écologique qui s'aggrave, il est nécessaire de revenir à une économie et à une exploitation des ressources plus durable en redéveloppant une agriculture de qualité comme savent si bien le faire nos amis suisses et autrichiens.

Pour aller plus loin, lire les articles suivants :

Mise à jour : novembre 2015