Liliane Candy, la fureur de vivre
En fin d'année 2025, la Fédération apprenait qu'un don conséquent était adressé à un de ces refuges. À l'occasion des démarches qui l'accompagnaient, nous avons pu rencontrer la personne à son origine, et eu envie de vous présenter ce petit bout de femme généreux et inpsirant, qui ne met de limites à ses expériences, et encore moins à son bonheur.

Du haut de ses 88 ans, Liliane Candy, descend à pas prudent le sentier du vallon du Sirac. Elle a bénéficié de l'héliportage de la remise en route du refuge de Chabournéou pour se rendre à la cérémonie qui y était donnée en l'honneur de son don pour ce refuge ce jeudi 4 juin, mais a tenu à descendre à pied. Elle a aussi insisté pour que la cérémonie ait lieu au refuge, malgré la météo incertaine. « Je l'avais prévenue du risque de descendre sous l'orage et de la possibilité d'organiser la cérémonie dans la vallée, mais elle m'a répliqué " Ce n'est pas la pluie qui va m'empêcher de marcher, j'en ai vu d'autres !" », témoigne Jean-François Lacour, le président du club alpin de Gap, gestionnaire des refuges du Valgaudemar.
Pourquoi un don pour un refuge ? « Et pourquoi pas », répond-elle ! « Mon mari et moi avons beaucoup séjourné en refuge, en particulier dans la région, nous les connaissons tous ! » précise spontanément Liliane Candy. Lors d'une de leurs virées en montagne, son mari, André, lui fait part de son désir de soutenir un de ces édifices. « Pas de problème, on le fera », avait promis Liliane. Avec elle, les choses sont toujours simples : « Je vois tout en rose », justifie celle-qui, avant de parcourir le monde, en a fait « tous les métiers ».
« Tous les métiers du monde »
Son bac en poche, la native de Salon-de-Provence dans les Bouches-du Rhône est envoyée à Saint Quentin dans l'Aisne pour être professeur des écoles. « Je ne voulais pas faire d'étude, à l'époque avec un bac on pouvait faire plein de choses dont institutrice dans un département déficitaire ». Loin de son Sud natal et de son premier amour, elle démissionne et le rejoint pour se marier. Le couple monte un magasin de prêt-à-porter et a une enfant, mais leur union prend l'eau. « Il était un peu artiste et s'échappait, je tenais le magasin et m'occupais de ma fille. Je me suis rendue compte que j'étais bien sans lui ». Elle se sépare, à une époque « où on ne divorçait pas » et trouve un poste d'éducatrice dans un Centre d'aide au travail (CAT). Sa débrouillardise l'amène à devenir responsable du centre. « C'est là que je rencontre André et que je commence à me rapprocher des montagnes. » Celui qui devient son mari en 1976 à l'opportunité de partir au Niger « pour faire quatre sous ». Enthousiaste, elle quitte son travail entreprend une formation d'esthéticienne en accéléré pour travailler auprès des expatriés sur place. Coup de théâtre après quelques mois sur place, André ne souhaite pas repartir. Liliane rebondit, devient vendeuse, se forme à la vannerie. Alors qu'elle propose ses services à l'hôpital de Laragne, on lui suggère de passer le concours d'infirmière. Elle obtempère, réussit et rentre à l'hôpital. « Comme j'étais polyvalente, je suis passée part tous les postes jusqu'à devenir cadre ». La montagne n'est encore qu'un horizon de sa maison d'Upaix, alors en chantier.
Rien n'est trop haut, ni trop loin

Arrive la retraite. « Les retraités de mon village se retrouvaient pour jouer aux cartes, je m'y voyais pas du tout ! » Elle entraîne André au Club alpin, sa soif de découverte l'amène à se former aux sports de montagne, escalade, alpinisme… ils grimpent le mont Blanc, parcourent les Alpes, les refuges et elle, le monde. « André ne souhaitait pas m'accompagner à l'étranger, je trouvais des compagnons de route. » Rien n'est trop haut pour cette petite dame d'1m50, le Kilimandjaro, l'Acancongua, le Cotopaxi, des volcans du Kamtchatka … ni trop loin : Pérou, Russie, Chine… À la suite d'un malaise un jour de chaleur, le médecin lui préconise de rester dans des pays tempérés : elle met le cap sur le Canada, Patagonie, Antarctique, Sibérie, Alaska… mais ne les écoutera pas toujours : Thaïlande, Mexique, Équateur, Chili… À chaque fois en sac à dos, un billet d'avion en poche et quelques rudiments de langue locale pour négocier comme il se doit. « Dans son salon, il y avait une grande table, la carte du monde était étalée et chaque début année elle me disait : " Cette année, on va là " », raconte Jean-Paul, qui l'a accompagné dans nombre de ses escapades.

Pas de saut à l'élastique ?
Le journal local, qui n'a pas manqué de feuilletonner ses aventures lointaines, la suit de depuis près de 15 ans : À 72, Liliane Candy à l'assaut du plus haut sommet d'Amérique, Elle saute en parachute pour ses 80 ans, A 81 ans, Liliane Candy fait le Transsibérien, A 84 ans, Liliane Candy repart en Alaska, À 85 ans, Liliane Candy est actuellement en vadrouille dans le désert d'Atacama, A 86 ans, Liliane Candy en Patagonie pour une énième aventure…. Mais pas de saut à l'élastique, son mari a trop peur pour elle. Alors, un an après son décès, pour « conjurer le sort », elle saute du plus haut pont d'Europe dans le Verdon : À 87 ans, Liliane Candy fait le grand saut titre donc le Dauphiné Libéré. Aujourd'hui à 88 ans, elle assure qu'elle en a fini de ses expériences ébouriffantes et voyages peu communs. Peut-être, cependant, remontera-t-elle au refuge de Chabournéou cet été. On ne doute pas un instant de sa volonté.






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