Le point de vue du gardien

FFranck Buisson - Gardien du refuge ©Florent Roussy Franck Buisson - Gardien du refuge ©Florent Roussy
Que représente le métier de gardien de refuge ?

Je suis gardien du refuge de la Dent Parrachée depuis 35 ans ! J’y suis arrivé l’année de mes 18 ans, je n‘en suis pas reparti. J’ai fait une école hôtelière qui préparait aux métiers de la montagne. À l’origine, je voulais être guide et moniteur de ski. Je suis devenu gardien de refuge et pisteur secouriste (mais un accident m’a contraint à arrêter cette deuxième activité).

J’aime avant tout dans mon métier de gardien les contacts et le partage : être gardien, ça ne consiste pas pour moi à faire fonctionner un « tiroir-caisse ». C’est surtout l’idée d’établir un échange : ce que les gens nous apportent et ce qu’on peut leur apporter. L’humain est au coeur du refuge, à mes yeux.
 

Comment s’organise votre travail ?

Je travaille huit mois au refuge. Le reste de l’année, j’habite un chalet à Aussois, mon village natal, où je suis toujours resté. Il y a ici une qualité de vie extraordinaire ! Aussois est à la fois une station et un village, qui assure un équilibre économique : on travaille 7/7 jours pendant huit mois, et en deux séquences. La première va du 31 décembre jusqu’à fin janvier. Durant cette période, je travaille beaucoup avec des organismes de formation comme l’ENSA (Ecole nationale de ski et d’alpinisme), notamment, je fais aussi de l’événementiel, des départs à la retraite. Je redescends ensuite au village début février, et remonte fin février, pour la deuxième séquence, qui dure jusqu’à fin septembre.


Comment se sont déroulés les travaux de rénovation ?

Les travaux ont conservé le volume « Chaloin » initial afin de maintenir l’esprit original profond du refuge : un lieu convivial, à taille humaine… Ils avaient pour but d’améliorer les conditions d’accueil de toutes et de tous - celui des gardiens comme des guides et du public -, mais aussi de diminuer l’impact de l’activité du refuge sur le milieu naturel (la production et la consommation d’énergie ont été repensées pour diminuer l’usage des énergies fossiles).

L’amélioration du confort de vie et de séjour a été obtenue en agrandissant la surface totale de 200 m² sans pour autant augmenter la capacité d’accueil : on reste à 42 places (en période de gardiennage). Avant ces travaux, les gens dormaient à 35 dans un espace de 20 m². C’était la plus haute salle d’attente de la vallée, comme je dis souvent !

Terrasse pergola ©Jean-François Chabert Terrasse pergola ©Jean-François Chabert
Qu’ont-ils changé pour vous et les personnes qui travaillent avec vous au refuge ?

Avant la rénovation, je dormais sur le canapé de la cuisine ; aujourd’hui, j’ai ma propre chambre, où je peux recevoir ma femme et mes enfants quand ils montent me voir ; le personnel a aussi sa propre chambre avec une salle de bains, ainsi que les guides. Les travaux réalisés nous permettent de donner de notre temps sans être fatigués. Avant, on laissait les skis dehors, les godasses derrière les tables, les peaux de phoque dessous… Il faisait ou trop chaud ou trop froid ! Aujourd’hui, il y a des douches chaudes toute l’année, de vraies toilettes, grâce au raccordement direct au réseau de la commune.
 

Comment les clients perçoivent le nouveau refuge ?

La clientèle parle spontanément d’un travail réalisé qui est « magique », à l’unanimité. Ce sont surtout ceux qui y dorment (car les autres, de passage, s’en aperçoivent moins : ils voient le bâtiment de l’extérieur, qui a gardé sa forme d’origine). Ils parlent de pure réussite. La clientèle n’a pas une chambre individuelle, mais elle peut dormir aujourd’hui dans un lit de 80 x 200 cm. Les gens disent « j’ai passé une bonne nuit ! » en partant. Ils ne sont plus les uns sur les autres. L’installation d’une VMC a amélioré l’aération et la régulation thermique des lieux (mieux isolés). On a aussi amélioré le côté phonique ; personne ne gêne plus personne.

Le refuge est aussi un plan B pour les guides. Plus il fait mauvais plus il y a de monde ! C’est une grande réussite. On a répondu je crois à ce que les gens viennent chercher ici : se déconnecter. Ils se sentent bien ici. Ils arrivent souvent fatigué après leur journée ; ils peuvent se reposer, ils trouvent en arrivant un hall bien éclairé. Ils ont envie de poser leurs godasses.

La Dent Parrachée est aujourd’hui un refuge plus confortable, convivial, mais aussi un bâtiment mieux intégré dans l’environnement : il est autonome en matière énergétique, grâce à des panneaux solaires thermiques et photovoltaïques alimentant des radiateurs ; il y a une turbine d’eau potable. Le refuge est doté d’un plancher chauffant. Avec les autres bâtiments du sud de la Vanoise comme le Caro, les Evettes et Avérole, eux-aussi rénovés, la Dent Parrachée - qui réalise maintenant 4000 nuitées par an ! -, est un refuge haut de gamme…