GEAN : un stage de glace parfum cailloux

Le GEAN s'est retrouvé le week-end dernier pour un stage de perfectionnement en escalade sur glace à Fressinières. Le brusque changement des conditions en glace a cependant poussé le groupe vers des ouvertures en mixte.

Dubitatifs, en examinant l'état de la face nord de la tête de Gramusat © Octave Garbolino Dubitatifs, en examinant l'état de la face nord de la tête de Gramusat © Octave Garbolino

Il fait partie des classiques du cursus du GEAN, le stage de glace de la deuxième année s'est déroulé du 6 au 10 février dans les Hautes-Alpes : « Les jeunes alpinistes font beaucoup moins de glace qu'avant, car c'est une activité plus compliquée dont les créneaux de pratique sont courts », détaille Mathieu Détrie, coach sur ce stage. « Maîtriser la complexité de l'escalade sur glace est pourtant un gros atout pour la haute montagne et en particulier l'alpinisme hivernal. Ça reste une composante essentielle dans la formation à l'alpinisme de haut niveau. Tous les alpinistes passent par la glace pour performer
Organisée précédemment à Gavarnie, en Autriche ou même en Norvège, la session 2026 se tenait dans le vallon de Fressinières, où les formations glaciaires étaient alléchantes début février. Une première cordée constituée de Laetitia Chomette, Sophie Jacob et Mathieu Détrie avait sauté sur ce créneau en amont du stage pour grimper la Directe des Ombres, ajoutant quelques variantes plus raides (5/5+), à la Tête de Gramusat.
Hélas, « le yoyo des températures a brusquement détérioré les conditions de la glace dans le secteur. On a cherché des voies isolées à l'abri des chutes de glace, mais la plupart des lignes n'étaient plus grimpables », a constaté Hugo Peruzzo. Pour aller examiner les dégats de plus près, le groupe s'est essayé à Sergio, une voie en V/6 de 200 mètres, dans le secteur convoité.  « Nous avons bien fait de ne pas persévérer dans des projets glace, le haut de Juste une illusion, une des voies qu'on avait repérées s'est effondrée le samedi soir », rapporte Kilian Moni. Mathieu Détrie avait bien sûr d'autres projets à ronger : deux lignes en mixte encore vierges sur cette même face. « Comme nous n'allions finalement pas tant travailler les techniques de glace, autant aller explorer. Et c'est la tendance du moment ! », confie malicieusement Kilian, qui vient de signer trois ouvertures en mixte dans le Devoluy ce mois de janvier* . « Il s'agit de lignes assez évidentes vues depuis la vallée : l'une suit les lignes de rappels de la voie du Bossu, l'autre est une variante de Blow job », complète Hugo. 

© Octave Garbolino © Octave Garbolino

Hugo, Sophie Jacob et Mathieu Détrie se sont attaqués à la première. « Le rocher n'étant pas très bon, et suivant les habitudes des ouvreurs du coin, nous avons opté pour la pose de spits sur les parties suffisamment compactes », décrit Hugo. La voie qui démarre au pied de Blow job, se décale ensuite pour viser un cigare suspendu, une structure qui n'a encore jamais été grimpée selon le coach.  « Il reste encore quelques longueurs pour l'atteindre, nous avons prévu d'y retourner fin février. » Les précisions sur la voie seront données à ce moment-là. « C'est sûr que c'était un peu frustrant de ne pas avoir fait autant de glace que prévu. C'est une grimpe très spécifique, qui demande une certaine appréhension. Ce stage a tout de même permis de faire un rappel sur les techniques d'ouverture… et j'ai découvert la fragilité du caillou des Écrins ! » 

Dans la seconde ouverture, Pierre Girot, Kilian Moni en alternance avec Laetitia Chomette, encadrés par Octave Garbolino, un spécialiste de la glace, membre de la promotion 2016-2018 du GEAN. « Pour gagner en rapidité, nous avons procédé d'une façon particulière : le leader progresse sur des pulses**, le deuxième enquille la longueur, le troisème sur corde fixe remplace les amarrages provisoires par des spits. Nous avons donc grimpé en semi-libre et artif sauf la dernière toute en glace que nous avons passé en libre », décrit Kilian. Eux aussi, ont prévu de revenir fin février pour libérer leur nouvelle voie. Le topo détaillé sera également dévoilé à ce moment.

 

«  La complexité  de l'alpinisme en hiver dans les Alpes, c'est ce qui se rapproche le plus de ce qu'on peut rencontrer en expédition. »

Si la déception de ne pas avoir autant grimpé sur glace qu'escompté était palpable, les ouvertures en mixte réalisées ont été instructives, décrypte le coach : « Tout d'abord, nous avons pris du temps pour repérer, tenter d'analyser, de comprendre les lignes, de lire le terrain. Ensuite, pour réaliser cette ouverture, les stagiaires ont grimpé en artif, en libre, dans des conditions hivernales, ce qui augmente la complexité du projet », débriefe le coach. « Cette complexité, celle de l'alpinisme en hiver dans les Alpes, c'est ce qui se rapproche le plus de ce qu'on peut rencontrer en expédition. »

Les prochains rendez-vous du GEAN seront sur le thème des "courses à la carte", pour travailler sur les besoins spécifiques des membres du groupe.

 

* Le Saute Aure et God'homme à la cascade de Saute Aure avec Melvin Bou et Raphaël Olbrecht, et Une histoire d'Amitié sur la face ouest du Roc de Garnesier dans les Devoluy avec Melvin Bou.  

** Un pulse est le nom d'un amarrage provisoire utilisé en spéléo.

Photos ci-dessous d'Octave Garbolino