Louna Ladevant : « La 1ere Coupe du monde est gagné, il m'en reste encore trois ! »

Publié le 13 janvier 2026

Ce week-end, Louna Ladevant a décroché l'or de la première Coupe du monde du circuit à Cheongsong en Corée du Sud. Retour sur cette compétition, menée d'une main de maître par notre athlète, et brief de sa saison, qu'il entend terminer en haut du podium du classement général.

Louna Ladevant en finale © KAF/Rhea Kang Louna Ladevant en finale © KAF/Rhea Kang

Après une qualification de formalité, une demi-finale sous contrôle pour préserver son explosivité en finale, Louna Ladevant rafle l'or à Cheongsong. C'est le podium qui manquait à sa collection. Il lui avait toujours échappé, parfois par erreur, parfois par malchance. Cette année, celui dont l'expérience et la maturité s'ajoutent à présent à la force et la technique, qui l'ont très tôt distingué en compétition, ne laisse plus rien au hasard.

FFCAM : Quel parcours propre ! Il semblerait que la malédiction de Cheongsong soit rompue. Ce podium doit avoir une saveur particulière.
Louna Ladevant : Effectivement, en 2023 nos bagages se perdent durant le transport, on me prête un piolet qui se casse pendant la finale, chose extrêmement rare. En 2024 et 2025, une malheureuse zipette me fait chuter, en 2020, je ne passe même pas en finale, alors que j'étais déjà en tête du classement de la Coupe du monde. C'est frustrant d'aller aussi loin et d'échouer à cause de petits accrocs. Cette année, les planètes s'alignent et la performance est là, c'est vraiment chouette. J'étais venu en mettant ce passé à distance, en le considérant comme une bonne blague et justement pas comme un poids.

FFCAM : Est-ce vraiment les planètes ? Comme le martèlent plusieurs coachs de nos groupes de haut niveau, ceux qui ont de la chance sont aussi souvent les mieux préparés… et Tristan et toi aviez repris très tôt l'entrainement.
L.L
: Il est vrai que cette année, nous ne sommes pas partis en expédition pour mettre le paquet sur notre préparation. Nous avons fait beaucoup de muscu, beaucoup de travail sur la tour de glace, suivi les trois stages à Saas Fee, tout était en place pour être le mieux préparé possible. Cependant, un virus a attaqué quelque peu notre forme en fin d'année, c'est le genre d'aléa qu'il faut gérer. Après une préparation si longue et si complète, c'est encourageant d'en recueillir les fruits dès les premières compétitions. 

La structure de la Coupe du monde de Cheongseong, sur le site historique d'escalade sur glace. La structure de la Coupe du monde de Cheongseong, sur le site historique d'escalade sur glace.

FFCAM : D'ailleurs, sur le streaming de l'UIAA, tu donnes l'impression de survoler la compétition, d'être en total maitrise, que s'est-il passé vu de l'intérieur ?
L. L. : Ces journées ont été beaucoup plus éprouvantes qu'elles ne laissent paraitre ! Avec le décalage horaire, nous dormons peu, les levées sont très tôt pour prendre le bus, rejoindre le site et démarrer l'échauffement. À ces conditions, s'est ajoutée une petite épidémie au sein des athlètes : une bonne dizaine se sentait très mal, dont Tristan et moi, ce qui a rendu la compétition plus difficile en termes de fatigue et de gestion de l'effort. Malgré tout, les qualifications se sont bien déroulées. Avec l'expérience, cette phase-là devient de plus en plus une formalité. Le but est de passer au travers sans accrocs. La voie de demi-finale en revanche était longue et difficile et notre petite forme nous a pesé. Au milieu de la voie, j'ai commencé à peiner, je me faisais violence pour avancer. Alors j'ai ralenti pour ne pas aller dans le rouge et garder des watts en pensant aux finales. Tristan a fait la même chose, et cela lui a peut-être couté la troisième place, car ils sont trois exæquo en finale : dans ce cas de figure, on les départage sur leur voie de demi-finale, que Tristan n'a pas pu réaliser à fond. Cette règle s'applique aussi pour départager des athlètes en demi-finale.  

Tout sourire sur le podium de Cheongsong © KAF/Rhea Kang Tout sourire sur le podium de Cheongsong © KAF/Rhea Kang

FFCAM : La voie de finale semblait d'ailleurs comporter un passage très piégeux à la sortie du toit, beaucoup d'athlètes ont chuté sur ces mouvements.
L. L. : Déjà, au tout début de la voie, vers le cinquième mouvement, tous les athlètes se font surprendre par la distance entre les prises. Tristan s'y prend même à deux fois. Reza* se rattrape. On n'imaginait pas que ce serait tout de suite si difficile. Puis, on arrive sur la section sous le toit, moins technique mais très physique, sur des barils de glace suspendus. Il fallait être efficace pour ne pas y laisser toute son énergie. Après ce passage, on arrive en effet sur des petites prises piégeuses et qu'il fallait aller chercher loin. J'ai réussi à bien me positionner, pour contrôler au maximum le mouvement et ne pas prendre le risque de mal placer mon piolet. C'était le mouvement le plus dur de la voie avec le dernier jetée.

FFCAM : Ce dernier jeté, où tu lances les deux piolets, un seul tient, on croit que tu vas lâcher et finalement tu te stabilises ! Comment as-tu fait ?
L. L. : J'étais très fatigué, j'ai vraiment cru que je n'allais pas tenir mon piolet. Pendant le ballant, avant que mon pied vienne accrocher la structure, je sentais déjà mes doigts s'ouvrir. Ça s'est joué à rien.

FFCAM : Pourtant Reza, qui est le second athlète à être arrivé à cette hauteur dans la voie, lance aussi un piolet mais ne crochète pas. Il y a donc aussi une question de précision, de calcul ?
L.L : Certes, j'arrive à passer chaque mouvement en contrôle, il n'y a pas de moment limite, pas de risque démesuré et c'est de bon augure car c'est le but des entrainements : gagner en étant dans le contrôle, en étant certain de réussir chaque mouvement. Cependant, il y a toujours une question de chance : le niveau est tel que les voies sont de plus en plus sélectives, avec des prises de plus en plus fines, de plus en plus glissantes, des jetés de plus en plus loin. Avec ces conditions, même si tu es le meilleur au monde, il y a toujours une part d'aléa.

FFCAM : Quatre athlètes français en finale, dont trois chez les hommes, l'équipe de France est vraiment forte.
L. L. : Ça fait quelques années, qu'avec Virgile, Tristan et Marion, nous composons un noyau solide. Nous accédons toujours aux finales, c'est rare que l'un de nous rate une qualification. Milàn et Ilona** montent en puissance, Marion remporte sa première Coupe du monde... la France est en effet une nation forte sur le circuit. Il faut que ça le reste sur les prochaines années.

FFCAM : Maintenant que le Coupe du monde de Cheongsong est dans la poche, qu'est ce qu'il te reste à gagner ?
L.L : Je veux remporter le titre du classement général de la Coupe du monde, pour cela je souhaite gagner le maximum de coupe du monde, donc j'ai dans le viseur toutes les Coupes du monde ! Cheongsong est gagné, il m'en reste encore trois. J'aimerais en particulier partager ce podium avec Tristan. Nous aurons ainsi partagé tous les podiums possibles.

 

* Mohammadreza Safdarian, l'Iranien, arrive est le second athlète à arriver au niveau du jeté finale. Il sera hélas disqualifié et perdra sa deuxième place.

** Milàn Pellissier a grimper sa première finale l'année dernière à Edmonton. Il est malheureusement blessé cette année.Ilona Serrar s'est qualifiée pour les demi-finales à Cheongsong, elle termine à la 12e place. 

© KAF/Rhea Kang

image

© KAF/Rhea Kang

image