Challenge écomobilité 2025-2026 : week-end au refuge de la Pra

Les organisateurs du Challenge écomobilité lançaient ce week-end un rassemblement au refuge de la Pra, dans le massif de Belledonne. En train, en vélo, en bus ou en stop, plusieurs clubs de la région AURA ont joué le jeu… et nous aussi ! Récit

L'un des groupes en provenance de Lyon, à l'arrêt de bus à la gare de Gières.Les skieurs rejoindront Saint-Martin-d'Uriage sur la route de Chamrousse, d'où il feront du stop © Barbara Satre L'un des groupes en provenance de Lyon, à l'arrêt de bus à la gare de Gières.Les skieurs rejoindront Saint-Martin-d'Uriage sur la route de Chamrousse, d'où il feront du stop © Barbara Satre

Les skis sont déjà fixés sur le sac, parés pour la marche d'approche. Une marche d'approche inhabituelle pour l'auteure de ces lignes puisqu'elle démarre dès la porte de la maison franchie. Ce samedi, nous participons au rassemblement du Challenge éco mobilité au refuge de la Pra. Depuis plusieurs années déjà, des licencié.es de la FFCAM organisent des sorties en montagne en écomobilité. Timothée Ledoux est l'un de ces pratiquants qui ont fait l'effort de troquer la voiture pour d'autres solutions de transport. L'année dernière, il a lancé ce challenge pour les clubs de l'Isère afin de promouvoir ce mode de pratique, qui consiste à rejoindre les points de départ des sorties en montagne en mobilité douce : transport en commun, vélo ou stop… Le but est de réaliser le plus de sorties en mobilité douce dans la saison d'hiver. Cette année le défi s'est étendu aux clubs FFCAM et FFME de la région AURA, et trouve son point d'orgue avec ce rassemblement au refuge de la Pra.

Alexis et Sylvain arnachent leur vélo, ils arrivent de Lyon par le train © Barbara Satre Alexis et Sylvain arnachent leur vélo, ils arrivent de Lyon par le train © Barbara Satre

« Il n'y a rien à gagner ! Le but est de motiver les pratiquants de ski de randonnée à partir à l'aventure, c'est-à-dire à accepter l'incertitude, celle à laquelle on commence la rando, à laquelle on rentre chez soi, les rencontres qu'on va faire sur le chemin, l'itinéraire qu'on va finalement emprunter », enseigne Timothée Ledoux, adhérent du club affilié FFCAM Grenoble Université Montagne. Ce changement d'approche commence en réalité la veille. Sans coffre de voiture au départ de la rando pour stocker son surplus, le sac est optimisé à la maison. Concernant les modalités de transport, les organisateurs les ont largement étudiés et éprouvés. « Il existe énormément de départs de ski de randonnée accessible en transports en commun. Pour commencer, toutes les stations sont reliées à un réseau de transport, ce qui ouvre déjà beaucoup de possibilités », souligne Félix Laplanche, du club alpin Lyon Villeurbanne. Cette saison il anime deux cycles de pratique en mobilité douce dans son club, le premier en transport en commun, l'autre en vélo-ski. « Concernant les départs éloignés des stations de skis, beaucoup sont suffisamment fréquentés pour être accessibles en stop. Il faut juste oser ! » 

image

« Dans les villages de montagne, les locaux ont l'habitude de prendre des personnes en stop. C'est finalement assez simple de rejoindre la gare ou l'arrêt de bus », ajoute Claudie Chevalier. L'adhérente du club alpin Lyon-Villeurbanne a réalisé toutes ses sorties en mobilité de douce cette saison, soit plus d'une dizaine. « Nous sommes allés en Lauzière, en Vanoise, en Oisans… » Auparavant, la jeune femme possédait une voiture, mais en est revenue : « On va en montagne pour retrouver la nature, aller dans des endroits préservés, qu'on souhaite garder intact. Y aller à voiture, sachant la pollution que cela génère, est un contresens ! »

Ci-contre la carte du réseau de transports en commun dans les massifs montagneux mise à jour par Protect our Winter (POW)

Auto-stop à Saint-Martin-d'Uriage, en trois minutes, trois voitures s'arrêtent pour prendre les six voyageurs © Barbara Satre Auto-stop à Saint-Martin-d'Uriage, en trois minutes, trois voitures s'arrêtent pour prendre les six voyageurs © Barbara Satre

Concrètement ce samedi, Timothée est venu de Vizille à vélo jusqu'à Grenoble, où il a rejoint un groupe. Ensemble, ils ont pris le bus jusqu'au parking de Casserousse, à Chamrousse. D'autres ont fait de même, mais en partant de Lyon avec les premiers trains. Certains ont amené leur vélo et, de la gare, vont pédaler jusqu'au parking de Freydière, puis rejoindre le refuge à ski par le lac du Crozet. Une dernière équipe venant de Lyon et de Grenoble, a pris un bus de ville qui les a avancés jusqu'à la bifurcation en bas de la montée de Chamrousse, et lève le pouce. Cette dernière option a fait douter les novices : « Sinon je vous récupère à la gare avec ma voiture et on monte à quatre au parking, c'est déjà du covoiturage » « Hors de question ! », avait rayé Félix. « On va trouver assez de places des voitures en moins de cinq minutes », avait-il promis. « L'idée, c'est de ne pas affréter de voiture pour accéder au point de départ, mais d'utiliser une voiture déjà en circulation », explique Florence. En moins de trois minutes, la démonstration est faite : les six autos-stoppeurs et leurs skis trouvent trois voitures prêtes à les embarquer « On va arriver avant le bus ! », sourit Félix. « Cette réaction est classique, changer une habitude est difficile et on a dû mal à se projeter. Les pratiquants craignent de manquer de temps de montagne, alors que c'est faux, l'écomobilité n'est pas un sacrifice, elle ne rogne pas nos activités, c'est juste une autre façon de faire de la montagne, et ça fonctionne ! »

Le refuge de la Pra © Barbara Satre Le refuge de la Pra © Barbara Satre

Malgré le temps qui se gâte en début d'après-midi, les groupes auront en effet tous assez de temps pour rejoindre le refuge de la Pra. De Casserousse, ils rejoignent le lac Robert, puis le col de l'Échaillon et la combe de Jasse Bralard. L'itinéraire est varié et sauvage, dans un cadre très alpin. On en oublierait qu'on est arrivé jusqu'ici en transport en commun.
La neige commence à tomber, le refuge de la Pra est en vue, dans son écrin rocheux. « On ne vit pas moins la montagne en mobilité douce, on la vit différemment, avec plus d'intensité. L'aventure commence dès le pas de sa porte », témoigne Timothée. Au-delà de la réduction de son empreinte carbone, « la mobilité douce permet de varier les plaisirs, de faire un week-end complet : on pratique plusieurs sports, le vélo et le ski, le vélo et l'escalade », témoigne Ludovic du GAUL (Groupe Alpin Universitaire Lyonnais).

 

 

Il a neigé toute la nuit et le vent a soufflé. Quelles courses envisagées et surtout par quel versant redescendre ? « En transport en commun, on n'est pas obligé revenir au point d'où on est parti. On peut réaliser des traversées, partir sur des raids à ski plus audacieux », pointe Claudie Chevalier. « Cela ouvre aussi des possibilités en termes de courses, et permet finalement de nous adapter aux conditions météo, comme aujourd'hui. » Au regard des cumuls de neige et du brouillard, un groupe préférera rejoindre le col de la Pra, et descendre sur Freydière, pour minimiser le temps en montagne. « Bien sûr, la mobilité douce demande d'avoir les horaires de bus et de train en tête. Généralement on vise l'avant-dernier train. Nous partons assez tôt le dimanche pour avoir la marge nécessaire pour réaliser notre course en montagne. » À 16 heures dimanche, tous les participants étaient douchés et changés.

Le challenge mobilité douce montagne se termine fin avril. Le 30 avril, une soirée de clôture se déroule à Grenoble. Les organisateurs ont pour objectif de le prolonger sur la saison estivale. 

image
image