Trois femmes à la tête de l'ICE : « Nous tenons à perpétuer les valeurs d'ouverture et d'inclusion de l'évènement »

L'Ice Climbing Ecrins (ICE) se tiendra du 22 au 25 janvier 2026 dans les Hautes-Alpes. Créé par un glaciériste passionné Gérard Pailheiret dans les années 1990, cet évènement pionnier rassemble experts et néophytes autour de l'escalade sur glace depuis plus de 35 ans. La FFCAM l'a repris en 2013. Cathy Jolibert, qui le dirigeait depuis, a passé la main l'année dernière à une codirection composée de trois femmes. Julie, Oriane et Maëlle nous décrivent cette gouvernance inédite pour une 36e édition de l'évènement, qui ne l'est pas moins.

Bateau amiral de petit milieu de l'escalade sur glace, l'Ice a de nouvelles commandantes : Julie Gégout, Oriane Jouneau et Maëlle Le Ligné ont pris le relais de Cathy Jolibert à la direction de l'évènement. Originaires des Hautes-Alpes ou pièces rapportées, ces trois montagnardes s'investissaient déjà dans l'organisation de l'évènement avant d'en reprendre la barre. Elle nous livre dans cette entretien croisé les secrets de leur fonctionnement, leur vision de l'ICE et les dessous du programme.

L'équipe d'organisation sur scène l'année dernière © Pema L'équipe d'organisation sur scène l'année dernière © Pema

FFCAM : Qu'est-ce qui vous a poussé à reprendre la suite de Cathy sous cette forme-là ?

Julie
: Cathy sachant qu'elle allait passer la main, elle nous a petit à petit embarquées au cœur de l'évènement en nous donnant des missions plus précises et plus de visibilité, pour nous former et nous identifier. Cependant, aucune de nous n'avait envie de partir seule dans cette aventure. Nous avons chacune une profession que nous ne souhaitons pas abandonner. De plus, nous sommes amies dans la vie de tous les jours, alors l'idée de reprendre la direction de l'ICE à trois a fait son chemin.  
Oriane : Nous sommes très attachées à cet évènement, qui arrive à mélanger des montagnards de tous niveaux et tous horizons dans une ambiance gaie et chaleureuse. C'est le type de lieu ou un piolet d'or peut tout naturellement échanger avec un complet néophyte. Ces valeurs d'ouverture et d'inclusion, nous tenons à les perpétuer, à les partager et c'est ce qui nous a motivées à travailler ensemble. 
Maëlle : au-delà des aspects conviviaux, cette expérience est très formatrice. Nous acquérons de nouvelles compétences et expérimentons de nouveaux modes organisationnels. Nous sommes très différentes, mais finalement très complémentaires !  Cette codirection est plutôt vertueuse.

© Pema © Pema

FFCAM : Les gouvernances partagées sont des modes d'organisation encore peu répandues. Selon vous, qu'est-ce qui fait que cela fonctionne ?

Julie : Effectivement, si reprendre l'événement était un défi, le faire en cogouvernance en était un deuxième ! Nous ne sommes pas toutes habituées au travail d'équipe, ce qui nécessite des ajustements. Pour que cela, un secret :  la communication, et donc prévoir du temps pour communiquer, échanger les informations afin de partager les couacs et trouver des solutions ensemble. 
Maëlle : Il n'y a pas que le boulot, il faut aussi veiller à préserver nos liens en maintenant des moments ensemble. Nous sommes amies avant d'être codirectrices.  
Oriane : C'est certes du temps à mobiliser en plus, mais à trois, nous sommes aussi trois fois plus fortes. Nos différences de tempérament et d'expériences, amènent l'équipe à se répartir les missions en fonction des points forts de chacune.  

FFCAM : Le fait que cette cogouvernance soit, de plus, portée par un trio de femmes a t-il généré des doutes ?

Maëlle : Cathy s'est beaucoup battue pour prouver la solidité d'une équipe féminine. Elle avait déjà largement féminisé l'équipe et recrutait volontiers des femmes passionnées de montagne à des postes clés. Idem dans le choix des prestataires. Elle a d'ailleurs été la première femme et non guide à prendre la tête de l'organisation de l'ICE et a dû devoir montrer que c'était possible. Aujourd'hui, la mixité fonctionne, les mentalités commencent à bouger. 
Julie : la confiance renouvelée de nos partenaires, comme la FFCAM, lors de ce changement de direction a été un signal fort pour nous. L'assurance de soutiens financiers, techniques ou de relais de communication nous ont énormément motivées.  
 

L'ICE, un concentré d'animations. Ici une démonstration de sculpture sur glace. © Pema L'ICE, un concentré d'animations. Ici une démonstration de sculpture sur glace. © Pema

FFCAM : Quelle impulsion, quel parfum votre trio a-t-il amené à l'ICE ?

Maëlle : Grâce au travail de Cathy, la notoriété de l'évènement n'est plus un sujet. Les inscriptions à l'ICE se remplissent en quelques minutes chaque année, c'est un héritage confortable, qui nous permet de nous poser la vraie question : à quoi doit servir l'ICE ? Nous avons écouté les retours, recensé les observations… et sommes arrivés à la conclusion qu'il fallait davantage ouvrir le public de l'ICE et mieux intégrer cet événement dans le territoire. Ainsi, cette année, 75% des places été réservées à de nouveaux participants. Nous avons mis en place des navettes pour que les locaux puissent facilement venir s'immerger dans l'évènement, profiter des spectacles, de l'ambiance en buvant un vin chaud.
Oriane : Toujours pour appuyer nos valeurs de solidarité et d'inclusion, nous avons souhaité valoriser le travail de notre partenaire, 82 4000. Les acteurs et bénéficiaires de cette association d'inclusion sociale par la montagne avaient l'habitude de former un groupe d'initiation à eux seuls. Mais cette année, les participants de 82 4000 seront répartis sur les groupes.
Julie : L'idée est que les participants se rencontrent, qu'il y ait plus de mixité. Les membres de 82 4000 animeront aussi une soirée débat.

FFCAM : Quels sont les évènements à ne pas manquer ?

Oriane : Le plus gros temps fort est la journée Conviv'ICE. Une journée initiation gratuite à la cascade de glace à la tour de glace de Freissinières. Rendez-vous pour toute la famille à partir de 10h à Freissinière samedi 24 janvier ! La tour accueillera ensuite un Contest. Comme nous sommes en lien avec un autre évènement glace au Québec, le Festiglace, il y aura des athlètes canadiens sur la starting list ! Une belle ambiance en perspective. 
Maëlle : Le bivouac hivernal ! C'est un chouette moment de partage de passer un nuit d'hiver dans la neige. 
Julie : La soirée du samedi avec son spectacle de highline et d'autres surprises va être forte en émotion. Nous avons souhaité montrer la montagne comme nous la vivons ici, comme un mode de vie plutôt qu'un terrain de performance exposé dans les magazines. 

 

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